Bernard Lavilliers — Préface song lyrics and translation
The page contains the lyrics and English translation of the song "Préface" by Bernard Lavilliers.
Lyrics
La poésie contemporaine ne chante plus… elle rampe.
Elle a cependant le privilège de la distinction…
Elle ne fréquente pas les mots mal famés…
Elle les ignore.
On ne prend les mots qu’avec des gants: à «menstruel» on préfère «périodique», et l’on va répétant qu’il est des termes médicaux qu’il
ne faut pas sortir des laboratoires et du codex.
Le snobisme scolaire qui consiste, en poésie, à n’employer que certains mots
déterminés, à la priver de certains autres, me fait penser au prestige du rince-doigts et du baisemain.
Ce n’est pas le rince-doigts qui fait les mains propres ni le baisemain qui fait la tendresse.
Ce n’est pas le mot qui fait la poésie mais la poésie qui illustre le mot.
Les écrivains qui ont recours à leurs doigts pour savoir s’ils ont leur compte
de pieds, ne sont pas des poètes, ce sont des dactylographes.
Le poète d’aujourd’hui doit appartenir à une caste à un parti ou au «Tout Paris»
Le poète qui ne se soumet pas est un homme mutilé.
La poésie est une clameur.
Elle doit être entendue comme la musique.
Toute poésie destinée à n'être que lue et enfermée dans sa typographie n’est
pas finie.
Elle ne prend son sexe qu’avec la corde vocale comme le violon prend le sien
avec l’archet qui le touche. L’embrigadement est un signe des temps.
De notre temps.
Les hommes qui pensent en rond ont les idées courbes.
Les sociétés littéraires c’est encore la Société.
La pensée mise en commun est une pensée commune.
Mozart est mort seul, accompagné à la fosse commune par un chien et des
fantômes.
Renoir avait les doigts crochus de rhumatismes.
Ravel avait une tumeur qui lui suça d’un coup toute sa musique.
Beethoven était sourd.
Il fallut quêter pour enterrer Bela Bartok.
Rutebeuf avait faim.
Villon volait pour manger.
Tout le monde s’en fout.
L’Art n’est pas un bureau d’anthropométrie.
La lumière ne se fait que sur les tombes.
Nous vivons une époque épique et nous n’avons plus rien d'épique.
La musique se vend comme du savon à barbe.
Pour que le désespoir même se vende il ne reste qu'à en trouver la formule.
Tout est prêt: les capitaux — la publicité - la clientèle.
Qui donc inventera le désespoir?
Avec nos avions qui dament le pion au soleil.
Avec nos magnétophones qui se souviennent de ces «voix qui se sont tues».
Nous sommes au bord du vide, ficelés dans nos paquets de viande à regarder
passer les révolutions.
N’oubliez jamais que ce qu’il y a d’encombrant dans la Morale, c’est que c’est
toujours la Morale des Autres.
Les plus beaux chants sont les chants de revendication.
Le vers doit faire l’amour dans la tête des populations.
A l'école de la poésie et de la musique, on n’apprend pas —
On se bat.
Lyrics translation
Contemporary poetry no longer sings ... it crawls.
However, it has the privilege of distinction…
She does not frequent misspelled words…
She ignores them.
We take the words only with gloves: to "menstrual" we prefer "periodic" , and we go repeating that it is medical terms that he
don't get out of the labs and the codex.
School snobbery which consists, in poetry, of using only certain words
determined, to deprive her of some others, makes me think of the prestige of the finger rinser and the kissemain.
It is not the finger rinses that make the hands clean, nor the kissweek that makes the tenderness.
It is not the word that makes poetry but the poetry that illustrates the word.
Writers who use their fingers to find out if they have their account
of feet, are not poets, they are typists.
Today's poet must belong to a caste to a party or to the " All Paris»
The poet who does not submit is a mutilated man.
Poetry is a clamor.
It must be heard like music.
Any poetry intended only to be read and enclosed in its typography is
not over.
She only takes her sex with the vocal cord as the violin takes hers
with the bow touching it. Clutch is a sign of the Times.
Of our time.
Men who think in circles have curved ideas.
Literary societies it is still Society.
The common thought is a common thought.
Mozart died alone, accompanied to the mass grave by a dog and
ghost.
Renoir had fingers hooked from rheumatism.
Ravel had a tumor that suddenly sucked all his music.
Beethoven was deaf.
It was necessary to search to bury Bela Bartok.
Rutebeuf was hungry.
Villon was flying to eat.
Everybody doesn't care.
Art is not an office of anthropometry.
The light is only on the graves.
We are living in an epic era and we have nothing epic anymore.
Music sells like beard soap.
For despair to sell itself it remains only to find the formula.
Everything is ready: capital-advertising-clientele.
Who then will invent despair?
With our planes giving the pawn to the sun.
With our tape recorders that remember those "voices that killed themselves".
We are at the edge of the void, strung in our meat packets to watch
pass the revolutions.
Never forget that what is cumbersome in morality is that it is
always the morals of others.
The most beautiful songs are the songs of claim.
The worm must make love in the heads of the populations.
At the school of poetry and music, one does not learn —
We're fighting.